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swagdancestudio.com

Date : 04/03/2024
Écrit par Jeanne Guendoul

Le S.W.A.G. Bus : propager la danse pour faire débattre la France

Les débats s’enveniment, les opinions se crispent, et sur les questions de vivre ensemble, d’immigration, d’identité, on a l’impression que plus on parle, moins on s’entend. (Sans parler des élections qui approchent !).  Les camps se forment et se durcissent, et le dialogue ressemble souvent à deux monologues qui se croisent sans vraiment se toucher. En bref, l’opposé de ce que nous avons voulu créer avec S.W.A.G où la danse rassemble.

Dans ce contexte de polarisation croissante du débat public, nous avons fait un pari un peu fou, et pourtant profondément ancré dans une expérience de terrain accumulée depuis des années : la rencontre entre personnes de différentes origines et opinions rendue possible, pourvu qu’on choisisse le bon canal.

Pas un débat ou une table ronde de plus, mais plutôt un événement composé par trois éléments : un bus, une place publique, et de la danse. Vous nous voyez venir ?

Un bus, une place publique, et l'idée que tout le monde peut danser

Le concept du S.W.A.G. Bus ? Animer des communes françaises à travers des shows de danse, mais aussi des prises de paroles. L’équipe débarque sur la place publique d’une petite ville ou d’un village de France, un soir d’été ou d’automne, sans salle réservée ni infrastructure à monter pendant trois jours, juste la place, les gens qui passent, l’énergie de quelques danseurs et danseuses, sans oublier notre maître de cérémonie formé au théâtre forum, qui va passer la soirée à faire l’arbitre du meilleur match de ping-pong ; des prises de parole et des shows de danse. Notre but est de transformer ce qui aurait pu n’être qu’un spectacle en un vrai temps de rencontre et de fête.

Ce qui se déroule ressemble à ce qu’on aurait pu appeler il y a quelques temps un bal populaire, mais plutôt dans une version contemporaine : gratuit, ouvert à tous, sans niveau requis, avec un spectacle de danse pour installer l’énergie et donner envie, deux ateliers ouverts où les spectateurs deviennent participants. Cette idée de l’agora citoyenne a aussi pour but de mettre en lumière des associations locales actives dans la culture et le lien social. Tout ‘le concept tient dans un seul mini-bus et peut être monté en moins d’une journée.

Notre MC est un élément essentiel, c’est lui qui drive et rythme la soirée dans son ensemble. C’est lui qui tisse le fil rouge de la soirée et fluidifie les transitions entre ce qui se dit et ce qui se danse. Le crédo qui sous-tend tout ça ? On n’a pas besoin de se ressembler pour danser ensemble, et quand on a dansé ensemble, on se regarde différemment.

Remettre la danse au milieu du village

Le S.W.A.G. Bus ne va pas partout au hasard. Il va là où quelque chose manque, dans des territoires que les géographes ont appelé les zones de cohabitation sous tension, des ex-zones industrielles reconverties aux villes préfectures avec des populations immigrées importantes, des communes périurbaines en désertification culturelle aux petites villes rurales ou touristiques où l’offre culturelle se concentre sur quelques mois par an, quand la saison est bonne.

Ces territoires sont très différents les uns des autres, mais ils partagent une réalité commune : la place publique y a perdu sa fonction de rassemblement et de rencontres. Il n’y a plus vraiment d’endroit où des gens de profils différents se retrouvent sans raison particulière, sans appartenir au même club ou à la même association. On ne trouve plus vraiment d’espace neutre où la vie collective peut se déployer spontanément, où l’inconnu d’en face devient simplement quelqu’un avec qui on partage un moment.

C’est précisément cet espace que le S.W.A.G. Bus vient rouvrir, même si ce n’est que le temps d’une soirée. Nous ne prétendons pas résoudre des tensions sociales en quelques heures de Dancehall, ce serait naïf et peut être même un poil arrogant, mais pour montrer que la coexistence peut aussi être joyeuse et festive, corporelle, mais aussi et surtout que partager un moment de mouvement avec un inconnu laisse de belles traces. 

Des territoires comme Metz ou Briançon, pour leur mixité de population, sont aussi pertinents pour le projet qu’un village comme Castellane dans les Gorges du Verdon, qui tend plutôt vers un caractère saisonnier. Pour répondre à cette diversité de contextes, nous souhaitons adresser  un langage commun ; celui de la danse et du partage.

Pas un dispositif parachuté : une co-construction

Il y a une façon de faire de la médiation culturelle en territoire qui ressemble, malgré les meilleures intentions, à de la condescendance. On arrive de la ville, on apporte la culture aux gens qui n’en auraient pas, on repart avec de belles photos et un sentiment du devoir accompli. Le S.W.A.G. Bus fonctionne à l’inverse de ce modèle, et ce n’est pas un détail.

Tout commence par la communauté de S.W.A.G. Studio elle-même, 13 000 personnes qui suivent et soutiennent le projet depuis ses débuts, qui ont financé participativement l’ouverture du studio de Marseille, qui se sont portées bénévoles pour les éditions du festival annuel S.W.A.G. Outside. Ces personnes sont les premières ambassadrices du Bus sur chaque nouveau territoire, elles mobilisent leur réseau et leur entourage, relaient l’événement localement, et permettent au S.W.A.G. Bus d’arriver dans une commune en appui sur un lien de confiance déjà établi, plutôt que comme un dispositif parachuté de l’extérieur.

Viennent ensuite les partenaires historiques, qui ouvrent un accès direct aux réseaux institutionnels locaux. Caracol, association d’habitat interculturel entre personnes réfugiées et locales, implantée dans plusieurs villes françaises et dont la co-fondatrice de S.W.A.G. est également la présidente. Im’pactes, avec qui S.W.A.G. Studio donne déjà 15 cours de danse par semaine dans des foyers d’enfants confiés à l’ASE en Île-de-France et dans les Hauts-de-France. Singa, qui a incubé S.W.A.G. en 2021 et dispose d’antennes partout en France, et Yes We Camp, qui permettront d’identifier de nouveaux relais au sein des associations et communautés locales.

À l’échelle de chaque territoire, deux associations locales sont systématiquement associées à l’événement, ainsi que la municipalité d’accueil, parce que co-construire signifie que l’événement doit renforcer la mobilisation autour des structures qui existent déjà sur place, pas les contourner. Lors des éditions de S.W.A.G. Outside, 206 heures de bénévolat ont été collectées pour les associations partenaires, et c’est ce type d’impact durable, ancré dans les dynamiques locales, que le S.W.A.G. Bus vise à chaque étape de sa tournée.

Le projet S.W.A.G. Bus, le résultat d’une genèse

Le S.W.A.G. Bus n’est pas né d’une idée, mais d’une pratique. Depuis 2021, S.W.A.G. Studio multiplie les expériences de danse en extérieur, dans l’espace public, auprès de publics d’une très grande diversité. 

Le festival S.W.A.G. Outside, Danser contre l’exclusion, en est à sa cinquième édition, chaque fois co-financé et auto-organisé avec des moyens limités. Le programme Les femmes seniors font danser Belleville, mené en partenariat avec la Direction Jeunesse et Sport de la Ville de Paris, a permis à une trentaine de femmes de plus de 55 ans de reprendre leur place dans l’espace public via la danse Electro, le Dancehall et le Poppin’, en créant des rencontres intergénérationnelles qui n’auraient pas eu lieu autrement. Des collaborations avec Emmaüs Solidarité, Solidays, Im’pactes dans les Hauts-de-France, ont chaque fois confirmé la même chose : la danse sait trouver un langage commun là où les mots peinent à passer, avec des enfants en situation de polyhandicap comme avec des salariés de grandes entreprises, avec des débutants absolus comme avec des danseurs aguerris.

C’est cette accumulation d’expériences, sur des publics et des territoires radicalement différents, qui rend le projet solide. La première date est d’ailleurs déjà validée, le 18 juillet 2026, à Castellane dans les Gorges du Verdon, où le maire de la commune a vu les réalisations passées, cru en l’intérêt du projet pour son territoire, et accepté d’en co-financer la moitié.

Pauline et Chloé les fondatrices de S.W.A.G. Studio et Amélie la monteuse vidéo

L’expérience a été tellement bien accueillie qu’on a même eu notre petit article dans la Provence ! 

article de la Provence concernant le projet de S.W.A.G. Studio

Et après la France ? Le S.W.A.G. Bus au delà des frontières

L’expérience a été tellement bien accueillie qu’on a même eu notre petit article dans la Provence ! 

Ce que S.W.A.G. Studio expérimente sur les places publiques françaises, d’autres l’ont commencé ailleurs, dans des contextes autrement plus tendus. Hip-Hop for Hope organise des ateliers de danse dans les camps de réfugiés en Grèce et en Allemagne, et un projet de coopération est en cours d’exploration entre les deux structures, avec une perspective de projet pilote à Athènes en 2027. L’ambition : dupliquer le format mobile du S.W.A.G. Bus dans un contexte d’encampement, pour créer du lien et apaiser les tensions entre les populations vivant dans le camp et celles qui vivent à l’extérieur, via la danse. Un objectif ultime, comme le formule le dossier du projet, que ce prix rend envisageable.

La Blue Factory, l’incubateur de l’ESCP qui a accompagné S.W.A.G. à ses débuts en 2020 et dispose de six campus en Europe, constitue un point d’appui essentiel pour structurer cette dimension européenne que le projet projette déjà.

Parce que ce qui se joue dans le S.W.A.G. Bus dépasse la tournée française. C’est un modèle, léger, réplicable, transportable dans un seul véhicule, documenté et vocation à être partagé librement pour que d’autres structures culturelles puissent s’en emparer sur leur propre territoire.

Parce que la capitalisation, c’est la condition pour que le S.W.A.G. Bus devienne, au-delà d’une belle tournée, une méthode partageable, une réponse modeste mais incarnée à la question de comment on fait société dans un monde qui a vraiment du mal à se parler.

Continuons de créer des événements populaires qui rassemblent physiquement les gens, c’est bien grâce à eux que nous ferons perdurer le lien social et que nous crérons de 

la rencontre entre des gens qui ne se ressemblent pas. 

Avant de débattre, commençons par danser.