Date : 04/03/2024
Écrit par Jeanne Guendoul
La danse Reggaeton, la rébellion Portoricaine qui ambiance le monde entier
Peut-être que ça ne vous inspire rien là comme ça, mais le Reggaeton fait clairement partie de nos références musicales, surtout si vous avez connu musicalement les années 2000. Si on vous dit Gasolina ? Papi Tchulo ? Dile ? Plus récemment Despacito ou Bad Bunny ? Vous avez l’image ? Un rap dansant chanté en espagnol qui inspire l’amour, la séduction, la fête. Eh bien la danse Reggaeton est à l’image de ces sons cultes. Des déhanchés prononcés et sensuels accompagnés d’un rythme percussif endiablé, avec le Reggaeton, on ne lésine pas sur les adjectifs, la danse se veut ostentatoire, fédératrice et dangereusement entraînante. Ultra-dynamique, la danse Reggaeton est très cardio, tout le corps est sollicité dans une gestuelle de désinvolture très largement simulée. Véritable courant musical et culturel, on doit le Reggaeton à un pur cocktail d’influences latines et caribéennes, ensuite exportée à l’international au début des années 2000. Enseignée par Breno, notre talent venu du Brésil, la danse Reggaeton envahit notre studio marseillais tous les lundis et mardis de 20h à 21h30. Venez tester un cours, vous verrez à quel point c’est addictif !
La danse Reggaeton estampillée Porto Rico
Reaggaeton = addition du superlatif ton en espagnol = très bon reggae / reggae pimpé en 2025.
Au départ, le Reggaeton naît à Porto Rico, une île américaine lovée au beau milieu des Grandes Caraïbes. Ce petit territoire est déjà marqué par une forte histoire de métissage, conséquence de l’invasion espagnole du XIXe siècle. Des populations amérindiennes autochtones aux esclaves venus d’Afrique, en passant par les colons européens, puis les conquérants américains, Porto Rico s’est forgé une identité plurielle, dont la langue officielle est l’espagnol, aux côtés de l’anglais…
Avec toutes ces influences ethniques, Porto Rico est un vivier de cultures variées. Côté danse, la grande star est la salsa (on note d’ailleurs une petite controverse avec Cuba qui se dispute également la paternité de la salsa), mais Porto Rico a également intégré d’autres styles de danse à son quotidien. Parmi eux, on retrouve le Merengue, le Dancehall, mais aussi le Hip-Hop ramené des États-Unis par la diaspora Portoricaine. La musique reggae venue de Jamaïque a elle aussi eu sa part à jouer dans la construction et l’évolution de la danse Reggaeton. Toutes ces influences sont notamment dues à la position géographique de Porto Rico. À deux pas des États-Unis, au beau milieu des Caraïbes et non loin de l’Amérique latine, Porto Rico est un vrai carrefour culturel.
La capitale San Juan a vu naître les premières effusions du Reggaeton au début des années 90, dans une ambiance de division sociale marquée. Des négociations sont engagées entre différents partis politiques pour que l’île devienne le 51ᵉ État officiel des États-Unis et que l’anglais devienne la seule langue officielle. Sous la coupe de nombreux colons depuis plusieurs siècles, ce projet résonne comme une volonté d’enterrer la culture locale au profit d’une uniformisation américaine. Du fait de ses racines métissées, le Reggaeton deviendra un instrument de résistance face à ce désir politique et résonne encore aujourd’hui comme un cri d’émancipation. Aujourd’hui, plus que jamais, le Reggaeton représente une affirmation culturelle et existentielle primordiale pour les Portoricains.



Le Dem Bow ; l’anecdote décisive de l’Histoire du Reggaeton
Mais alors comment s’est formé le Reggaeton ? Deux mots, le Dem Bow ! À l’origine, Dem Bow est un titre de Shabba Ranks, un chanteur de reggae jamaïcain. Le son balance un rythme entraînant et festif, et aura un succès tel qu’il sera enregistré au Panama en espagnol, alors interprété par El General. Cette nouvelle version est encore mieux reçue par le public que la précédente, le rythme de la musique sera baptisé Dem Bow, et deviendra un sample de référence pour tous les reggaetoneiros amateurs ou confirmés.
La chasse politique au Reggaeton
Les Reggaetoneiros des débuts (les adeptes du Reggaeton) oscillent entre textes engagés, dénonçant souvent les violences policières et étatiques, et paroles plus crues, qui abordent le sexe, la drogue, les armes, avec une bonne dose de romantisation du crime. Toute cette esthétique leur vaudra d’être surveillés et opprimés par les forces du gouvernement en place. Au milieu des années 90, en pleine opération anticriminalité menée par la police et l’armée dans plusieurs quartiers pauvres de Porto Rico, le Reggaeton devient l’ennemi numéro 1 du gouvernement, alors assimilé à la délinquance et au trafic de drogue.
À ce moment-là, tout se passe dans une boîte de nuit de San Juan, The Noise. Des chanteurs de Reggaeton s’y produisent chaque semaine, le succès est immense, des cassettes de ces lives sont enregistrées et vendues sur toute l’île. Pour vous faire une idée, on parle d’1,5 million de copies pour un territoire de 3 millions d’habitants, une audience royale ! Le Président de l’époque mènera une guerre à la moindre cassette en ordonnant des saisies à travers toute l’île. Les disquaires sont perquisitionnés, toute personne en possession de l’un de ces enregistrements sera redevable d’une amende de 500 dollars. Le club The Noise se retrouvera traîné jusqu’au tribunal, et contre toute attente acquitté par le juge qui soulignera le manque de base légale concernant les procédures menées par la police. Le coup de pub est aussi puissant qu’inespéré et en guise de réponse, les Reggaetoneiros redoublent de provoc et de performances sulfureuses. Le Reggaeton a gagné le premier terrain.
Le Perreo : le mouvement emblème du Reggaeton
On vous l’a dit la danse Reggaeton est ultra-sensuelle. Les corps se déhanchent, se trémoussent, seuls ou à plusieurs. L’un des mouvements les plus symboliques du Reggaeton est le perreo, de la racine perro, ou le chien. Deux partenaires qui balancent leur bassin en cadence, et de manière très lascive. Dans les boîtes de Puerto Rico, on est plongé dans une ambiance presque érotique, très vivante et festive mais jamais sans être obscène.
Le Perreo n’a évidemment pas été sans déplaire à la communauté chrétienne (pas moins de 96% de la population) qui s’est rangée du côté du gouvernement en pleine campagne de répression. Sulfureux et ostentatoire, ce mouvement a aussi été repris dans la rue devant la Cathédrale de San Juan lors de manifestations anti-corruption en 2019. Les danseurs manifestants l’ont baptisé le perreo combativo, le perreo combatif. Un bel exemple de l’immense popularité du Reggaeton, mais aussi de son essence engagée. Pour l’anecdote, le gouverneur accusé de corruption et d’avoir tenu des propos homophobes aura fini par démissionner quelques semaines plus tard. Comme quoi parfois, on peut faire bouger les choses en bougeant ses fesses.
Le Reggaeton en 2025
Autrefois persécuté, le Reggaeton est devenu l’une des musiques les plus écoutées au monde. Bad Bunny est l’artiste le plus écouté sur Spotify 3 années de suite à partir de 2020. Le succès du Reggaeton a entraîné un goût prononcé pour les sons en espagnol, c’est l’Amérique Latine qui règne sur la scène internationale.
Des artistes comme Madonna, Gims, The Week-End enchaînent les feat avec des monuments comme Rosalia ou Maluma. Les Black Eyes Peas invitent carrément 8 artistes de Reggaeton sur leur dernier album. Tout le monde veut surfer sur le ras de marée.
Concernant son style actuel, le Reggaeton s’est modernisé sur plusieurs plans. Les textes de Bad Bunny cassent les codes du Reggaeton classique en délaissant les références machos et misogynes au profit de texte plus lisses, parfois engagés. Une nouvelle scène Queer et féministe a émergé à Puerto Rico, bref la discipline suit la courbe des évolutions sociétales.
À San Juan, le musée accueille désormais une exposition sur l’histoire du Reggaeton. La consécration est de taille, le Reaggaeton est devenu un élément majeur de la culture portoricaine et son rayonnement est international.
Un exutoire irrévérencieux et pourtant si savoureux, voilà toute la complexité et la magie du Reggaeton. Cet alliage de provocation et de militantisme a conquis plusieurs générations, à Porto Rico, mais aussi dans le monde entier, et ce n’est pas près de s’arrêter !
Les cours de danse Reggaeton avec S.W.A.G. Studio
Si le Reggaeton est né comme un cri de rébellion avant de devenir une vague planétaire, il continue aujourd’hui de s’exprimer là où il a toujours été le plus spontané : sur la piste de danse. Chez S.W.A.G. Studio, on perpétue cet esprit originel en proposant des cours qui mêlent énergie, sensualité et liberté d’expression, sans jamais perdre de vue l’essence festive du mouvement.
Guidés par Breno, notre professeur venu du Brésil, les cours sont une véritable immersion dans l’univers du Reggaeton : isolations brûlantes, grooves puissants, travail du bassin, attitude affirmée, le tout sur une playlist qui donne envie de plaquer son job pour sauter dans un avion direction les Caraïbes… tout y est pour faire vibrer le corps autant que la confiance en soi. Que l’on vienne pour découvrir la discipline ou pour affiner son flow, chaque séance est pensée comme un moment de lâcher-prise où l’on danse autant pour se dépasser que pour s’amuser, parce que dans le Reggaeton, la performance n’exclut jamais le plaisir.
Deux rendez-vous hebdomadaires permettent à chacun de trouver sa place dans l’aventure : un cours débutant le lundi de 20h à 21h30, idéal pour poser les bases et apprivoiser le flow caractéristique du Reggaeton, et un cours intermédiaire le mardi aux mêmes horaires, pour approfondir la technique, gagner en précision et développer son propre style. Dans les deux cas, l’esprit reste le même : partager une énergie collective, transpirer au rythme des basses latines et célébrer une danse aussi libre qu’enivrante.