Date : 04/03/2024
Écrit par Jeanne Guendoul
Cours de Samba à Marseille : le Brésil s’invite chez S.W.A.G. Studio
On le sait, vous avez passé l’hiver à avoir le seum de la moitié de vos potes en flagrant délit de gros kiff au Brésil. Et oui le Brésil est à la mode, et tout le monde est bien d’accord pour dire que son ambiance est unique au monde. Et l’essence de tout ça tient dans sa culture si captivante, sa musique et sa danse sont ses emblèmes officiels, et parmi eux évidemment, la samba tient une place de reine.
Des mouvements de pieds rapides et cadencés, des coups de hanches qui donnent un caractère animal au mouvement, mais aussi des bras qui tiennent la posture et suivent le rythme, la samba est une danse ultra technique. Bien qu’assez difficile à maîtriser, avec un peu de rigueur et surtout une bonne pédagogie, la samba vous rentrera dans la peau.
La Samba est connue aussi bien pour sa musique que pour sa danse, grande queen du Carnaval de Rio de Janeiro, elle représente aussi l’Histoire du pays, sa multiculturalité, sa poésie. Sa musique à la fois pleine d’allégresse et de nostalgie, sa danse ultra rythmée et incarnée. La samba se danse en synchronisation sur la musique, que le tempo soit lent ou plus rapide, c’est bien la musique qui porte le mouvement du corps.
Nous avons lancé nos cours de Samba dans notre studio de Marseille. Enseignée par Dandara, notre talent arrivée du Brésil il y a 6 ans, ces cours vous donneront l’occasion de découvrir cette discipline si mythique dans une ambiance relax, sans jugement, pour avancer pas à pas avec bienveillance et good vibes.
Venez découvrir une partie du Brésil dans notre studio du Vieux-Port tous les jeudis de 18h30 à 20h.
La Samba, des racines africaines
Pour comprendre la samba, il faut remonter bien avant le Carnaval de Rio, bien avant les plages de Copacabana et les nuits de Lapa ou Pedra do Sal. Comme beaucoup de choses au Brésil, la Samba est un art afro-descendant, originaire d’Angola, du Congo, du Mozambique et de nombreuses autres régions d’Afrique de l’Ouest. La culture actuelle du Brésil est un nuancier unique au monde, la pluralité de ses influences composent son histoire et sa richesse, et on le ressent magnifiquement bien dans sa culture. La Samba en est l’un des plus beaux exemples. Reliée à la période esclavagiste, elle naît de la résistance culturelle des peuples déportés vers le Brésil dans les cales des navires négriers. Leur langue, système de croyances, rituels, mais surtout leur musique, percussions et danses sont tout ce qu’ils ont pu emporter.
Parmi ces peuples, les Bantous ont joué un rôle central dans la formation de ce qui deviendra la samba. La langue bantoue a d’ailleurs contribué directement au mot lui-même : « semba » désignait en Angola un mouvement du bassin très ondulant. Ce geste sera au cœur de tout ce que la samba construira par la suite.
Arrivées au Brésil, ces populations ont été concentrées à Salvador de Bahia, premier grand port négrier du pays, et c’est là que les premières formes de ce qui deviendra la samba ont commencé à émerger discrètement, dans les cours des maisons, dans les cérémonies du Candomblé, dans les ruelles des quartiers populaires. Le Candomblé, une religion syncrétique qui mêle traditions africaines et catholicisme imposé par les colons, a constitué un espace de résistance culturelle majeur, où la danse n’était pas un divertissement mais une prière. Elle revêt la fonction de rituel, et devient une manière de convoquer les orixás, ces divinités issues des traditions yoruba et bantoue. Ce sont ces cultes et traditions qui ont permis de maintenir vivante une identité chassée par tous les moyens.
Le Samba de roda, la forme originelle de la Samba
Le samba de roda, inscrit depuis 2008 au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité par l’UNESCO, naît à Salvador de Bahia, au cœur du Recôncavo baiano, cette région fertile qui entoure la baie de Todos os Santos (Tous les Saints). Le samba de roda est sans doute l’expression la plus ancienne et la plus pure de la discipline. Dans cette forme originelle, les danseurs forment un cercle, et l’un d’eux entre dans la roda pour improviser sur les percussions et les chants. Il invite ensuite un autre participant à le remplacer par le fameux umbigada, ce contact presque ombilical qui donne son nom à la danse et qui symbolise à la fois l’appel, le partage et la transmission.
Le samba de roda n’est pas une danse de scène, c’est une danse communautaire, profondément ancrée dans le quotidien des populations afro-brésiliennes de Bahia. Il se jouait après les récoltes, lors des fêtes religieuses, dans les terreiros du Candomblé, partout où la communauté se rassemblait pour célébrer et résister. Les instruments qui l’accompagnent, le berimbau, l’atabaque, le pandeiro, le agogô, sont directement hérités des traditions musicales africaines, transformés et adaptés par des générations de musiciens qui n’ont jamais cessé d’innover tout en restant fidèles à l’essence de la samba.
Ce sont les Bahianaises, les mulheres baianas avec leurs robes blanches à volants et leurs turbans colorés, qui ont été les premières à transporter cette musique vers Rio de Janeiro à la fin du XIXe siècle. Fuyant la misère et cherchant une vie meilleure dans la capitale fédérale en pleine effervescence, elles ont apporté avec elles leurs casseroles, leurs recettes, leur foi, mais aussi et surtout cette musique que personne à Rio ne connaissait encore vraiment.
Découvrez le portrait de Dandara qui enseigne aussi le Baile Funk au studio de Marseille !
Rio, les favelas et la construction d'une identité nationale
Rio de Janeiro à la fin du XIXe siècle est une ville en pleine mutation, traversée par des inégalités sociales profondes. D’un côté, une élite blanche et francophile qui rêve d’hausmanniser la ville, de tracer de larges avenues, de chasser les pauvres vers les marges et de construire une image de modernité tropicale sauce européenne. De l’autre, une masse de travailleurs noirs, métis et pauvres, anciens esclaves affranchis après l’abolition de 1888 et leurs descendants, qui s’entassent dans des logements insalubres au centre-ville ou commencent à grimper sur les morros, ces collines qui surplombent la ville et qui deviendront les favelas que l’on connaît aujourd’hui.
C’est dans ce contexte de ségrégation sociale et raciale que la samba urbaine prend forme, dans les quintais des Bahianaises, ces grandes cours intérieures où la communauté se réunit, où l’on partage la nourriture, les fofocas (nouvelles voire potin, mot extrêmement important au Brésil !) et la musique. La maison de Tia Ciata, au cœur du Petit-Paris noir de la Praça Onze, devient le centre névralgique de cette culture émergente. Cette femme hors du commun, à la fois cuisinière, guérisseuse, mais aussi figure du Candomblé et hôte généreuse, reçoit chez elle tout ce que Rio compte de musiciens, danseurs et poètes noirs. C’est dans ses salons que naissent les premiers morceaux qui porteront officiellement le nom de samba.
Le premier titre de Samba sur les ondes nationales
En 1917, le morceau « Pelo Telefone » est enregistré pour la première fois sur disque par Donga et João da Bahiana, et bien que la paternité du morceau soit disputée, car beaucoup de musiciens des quintais de Tia Ciata revendiquaient y avoir contribué, il est considéré comme le premier enregistrement officiel de samba de l’histoire. La samba entre dans l’ère industrielle et commence son voyage vers le monde entier, portée par les disques 78 tours et les premières émissions de radio.
Mais la samba n’est pas immédiatement reçue comme un trésor culturel national. Pendant des décennies, elle est au contraire perçue par les élites comme une musique de pauvres, de noirs, de marginaux, une expression de ce Brésil qu’ils préfèrent dissimuler. La police interdit régulièrement les réunions musicales dans les favelas, confisque les instruments, arrête les musiciens. Le pandeiro est même interdit dans certains espaces publics, car considéré comme l’instrument des vagabonds et des délinquants. Cette répression ne fait qu’alimenter la résistance culturelle, et la samba continue de grandir dans les marges, de se perfectionner, de se ramifier en une multitude de styles, chacun portant l’empreinte de son quartier, de ses musiciens, de sa génération.
Le Carnaval, la grande consécration de la Samba
Le Carnaval de Rio, tel qu’on le connaît aujourd’hui, est une invention relativement récente et profondément politique. Au XIXe siècle, les fêtes de carnaval à Rio ressemblaient plutôt aux carnavals européens, avec des bals masqués pour les classes aisées et des batailles de confettis dans les rues. Les populations noires organisaient de leur côté leurs propres célébrations, souvent réprimées, autour de leurs musiques et danses traditionnelles.
Le tournant se produit dans les années 1920 et 1930, quand les premières escolas de samba voient le jour dans les favelas et les bairros populaires de Rio. La Deixa Falar, fondée en 1928 dans le quartier d’Estácio, est souvent citée comme la première école de samba de l’histoire. Ces écoles ne sont pas des établissements d’enseignement au sens traditionnel, ce sont des organisations communautaires, des associations de quartier qui permettent à des centaines de personnes de se réunir toute l’année pour répéter, créer, partager et finalement défiler ensemble pendant le Carnaval.
Le défilé des écoles de samba devient progressivement l’événement central du Carnaval de Rio, attirant des foules immenses et une couverture médiatique croissante. En 1984, le Sambódromo est inauguré, une avenue de défilé permanente conçue par l’architecte Oscar Niemeyer, qui peut accueillir 90 000 spectateurs. Chaque école prépare son défilé pendant toute l’année, autour d’un enredo, un thème narratif qui détermine les costumes, les chars, les ailes et surtout le samba-enredo, une chanson composée spécifiquement pour l’occasion qui sera répétée des milliers de fois jusqu’à ce que tout le monde la chante les yeux fermés.
Le défilé est une performance collective d’une précision et d’une exigence spectaculaires, où chaque détail a son importance, la hauteur des plumes sur les costumes, le timing des chars, la synchronisation des percussions de la bateria, et surtout la qualité du chant et de la danse de la Rainha de Bateria, la reine de la batterie, figure centrale et emblématique de chaque école, dont les mouvements doivent incarner à la perfection l’esprit de la samba.
Si vous avez déjà vu des images du défilé du Sambodrome, vous savez que l’explosion de couleurs et l’effervescence de l’événement est juste unique.
La Samba ? Les Sambas ?
La samba n’est pas une danse unique, c’est une famille de danses, un arbre aux branches multiples qui s’est développé différemment selon les époques, les régions et les contextes sociaux. En bref, la Samba est aussi plurielle que le Brésil. Comprendre ces différentes formes, c’est comprendre comment une même source africaine a pu irriguer des expressions artistiques aussi diverses tout en restant reconnaissable à travers toutes ses métamorphoses.
Le pagode par exemple émerge dans les années 1970 et 1980 comme une réaction à la commercialisation excessive de la samba. Né dans les quintais et les rodas informelles de la Zone Nord de Rio, il renoue avec l’esprit communautaire des origines, autour d’instruments comme le banjo de 7 cordes, le tantã et le repique de mão. Des artistes comme Beth Carvalho, Zeca Pagodinho, Fundo de Quintal et plus tard Jorge Aragão donnent ses lettres de noblesse à ce style qui privilégie la convivialité, l’improvisation et une certaine tendresse mélancolique dans les textes.
La gafieira est peut-être la forme la plus sophistiquée et la plus élaborée de la danse de samba en couple. Née dans les bals populaires de Rio au début du XXe siècle, elle mêle les influences de la samba, du choro et de divers danses européennes pour créer quelque chose d’entièrement nouveau. Une sorte de danse de salon qui garde le balancement profond du bassin mais l’enveloppe dans une structure chorégraphique plus complexe, faite de tours, de portées, d’improvisations et d’une communication constante entre les deux partenaires. La gafieira exige des années de pratique et reste aujourd’hui enseignée dans des académies spécialisées à Rio et São Paulo, gardée vivante par une communauté de danseurs et de musiciens passionnés.
La bossa nova quant à elle mérite une mention à part, car si elle n’est pas à proprement parler une forme de samba, elle en est une métamorphose unique ! Dans les appartements de classe moyenne de Copacabana et d’Ipanema, à la fin des années 1950, des musiciens comme João Gilberto, Tom Jobim et Vinicius de Moraes ont entrepris de passer la samba au tamis du jazz américain et de la musique classique européenne. Ils cherchaient à créer quelque chose d’une délicatesse presque fragile, une samba chuchotée. « Garota de Ipanema », « Corcovado », « Desafinado » sont devenus les morceaux brésiliens les plus connus dans le monde entier, portant jusqu’aux oreilles du monde entier quelque chose de l’ADN de la samba.
Le samba-reggae est né à Salvador de Bahia dans les années 1980, dans les répétitions du bloco afro Olodum. Il représente un retour aux sources africaines assumé et militant grâce à son mélange de percussions de samba avec les rythmes reggae. Olodum et d’autres blocos afros comme l’Ilê Aiyê ont créé une musique qui était aussi une déclaration d’identité noire et une résistance culturelle. Cette réappropriation ne passera pas inaperçue, et même Michael Jackson surfera sur cette vibe en tournant le clip de « They Don’t Care About Us » entre la favela Santa Marta de Rio et les ruelles du Pelourinho de Salvador.
Prendre des cours de Samba, la musique du corps
Apprendre la samba, c’est d’abord apprendre à écouter différemment. La plupart des danses occidentales s’organisent sur des temps forts relativement espacés, mais la samba se déroule sur des divisions rythmiques ultra rapides, avec une structure en trois pas sur deux temps qui crée une impression de légèreté et de rebond permanents, comme si les danseurs touchaient le sol à peine. On s’est même demandé si la gravité n’était pas juste un peu plus légère au Brésil.
Le mouvement central, celui que toute samba explore sous mille variations, c’est le balancement du bassin, hérité directement du semba angolais. Mais ce mouvement ne s’isole pas : il parcourt l’ensemble du corps, de la plante des pieds jusqu’aux épaules, créant une onde continue qui donne à la samba cette qualité à la fois sensuelle et naturelle. Les danseurs brésiliens disent souvent qu’on ne fait pas la samba, qu’on la laisse traverser le corps, qu’il s’agit moins d’exécuter des gestes que de se laisser habiter par un rythme.
La connexion à la musique est absolument centrale, et c’est ce qui distingue la samba d’une simple succession de pas appris. C’est la connexion viscérale à la musique qui rend la samba si vivante à regarder et si addictive à pratiquer. Chaque style de samba a sa façon particulière d’habiter le rythme : le samba no pé, la forme la plus libre et la plus individuelle, exige une maîtrise absolue des pas rapides et une capacité à improviser sur la musique, tandis que la gafieira demande une attention constante à l’autre, à ses intentions, à ses propositions, pour co-créer quelque chose ensemble dans l’instant.
Les cours de Samba à Marseille avec Dandara
Maintenant que vous avez saisi à quel point la Samba est un héritage immense et vibrant, venez tester ça en direct avec Dandara tous les jeudis soir de 18h30 à 20h au studio du Vieux-Port. Arrivée du Brésil il y a six ans, Dandara porte dans son corps toute cette histoire, cette culture, cette façon particulière de laisser la musique traverser le mouvement, et elle a choisi Marseille pour transmettre ce qu’elle sait, dans l’esprit qui est au cœur de S.W.A.G. Studio depuis ses débuts : pas de jugement, pas de pression, juste la joie de découvrir quelque chose de nouveau ensemble.
Ces cours s’adressent à toutes et tous, que vous n’ayez jamais dansé de votre vie ou que vous ayez déjà quelques bases, que vous soyez venu pour la culture, pour le sport ou simplement parce que vous avez envie de vibrer sur quelque chose qui vous sort de votre quotidien. La samba n’exige pas un corps particulier ni une mobilité hors norme, elle exige seulement la volonté de s’ouvrir, d’écouter et de se laisser surprendre par ce que son propre corps est capable de faire quand on lui donne la bonne musique (et qu’on lui apprend à l’écouter).
Et Marseille, pour accueillir la samba, c’est un peu une évidence. Ville de brassages, de confluences méditerranéennes et africaines, de cultures qui se mélangent dans les marchés et les calanques, Marseille a quelque chose du Rio des rives, cette manière de faire coexister le soleil et la mélancolie, la fête et la profondeur, l’énergie brute de la rue et la douceur de la mer.
Cours de Samba tous les jeudis de 18h30 à 20h, S.W.A.G. Studio Marseille, Vieux-Port. Niveau débutant et intermédiaire. Réservation sur le site.